La crise des opioïdes : des antidouleurs mortels

La façon dont l’utilisation courante des opioïdes (les analgésiques les plus puissants) a fini par dérailler fait maintenant l’objet de nombreux livres, reportages et documentaires. Mais quel est exactement le problème avec ces petites pilules?

Eh bien, considérez ce qui suit :

  • Au Canada, plus de 11 500 décès liés aux opioïdes sont survenus entre janvier 2016 et décembre 2018; les chiffres ont augmenté régulièrement, passant de 3 017 décès en 2016 à 4 460 décès en 2018.
  • En 2018, 94 % des décès liés aux opioïdes étaient accidentels.
  • Le fentanyl et les autres analgésiques liés au fentanyl continuent d’être à l’avant-plan de la crise; en 2018, 73 % des décès liés aux opioïdes concernaient le fentanyl ou son dérivé.

Qu’est-ce que les opioïdes?

Le terme « opioïde » désigne les composés naturels ou synthétiques qui produisent un effet semblable à celui de l’opium. Le terme « opiacé » est utilisé pour désigner les composés naturels comme la morphine que l’on trouve dans l’opium de la résine de pavot. La codéine, la morphine, le fentanyl, l’oxycodone et l’hydrocodone sont des opioïdes légaux prescrits par les médecins – même un produit aussi fréquemment prescrit et courant que le Tylenol 3 contient de la codéine, un opioïde. Parmi les opioïdes illégaux, on trouve l’héroïne et le fentanyl produit illicitement, mais la frontière entre les analgésiques légaux et illégaux demeure floue. La mort du musicien Prince en 2016 en est un bon exemple. Le musicien s’était initialement fait prescrire d’autres analgésiques par son médecin, mais a ensuite opté pour des analgésiques illicites plus puissants, avant de finalement prendre une dose mortelle de fentanyl. Naturelles ou synthétiques, ces drogues réduisent la sensation de douleur et induisent une sorte d’euphorie.

Pourquoi les compagnies d’assurance sont-elles inquiètes?

Au départ, les opioïdes étaient utilisés pour réduire la douleur et l’inconfort pendant les soins palliatifs. Depuis, le marché de ce type de médicament s’est considérablement élargi en ciblant le domaine beaucoup plus vaste de la douleur aiguë et chronique. Ce marketing ciblé a créé un groupe de millions de consommateurs et de clients potentiels pour qui la consommation quotidienne est maintenant une réalité. Ironiquement, les tentatives de réduction de la douleur ont conduit à la surconsommation et à des effets indésirables (dépendance, décès) sans réduire sensiblement la présence de la douleur chronique à un niveau généralisé ou sécuritaire. Les personnes qui prennent initialement un opioïde pour soulager la douleur se retrouveront souvent à la merci du médicament, et auront continuellement besoin de doses plus élevées pour soulager la douleur à court terme, ce qui peut entraîner une dépendance, voire une surdose.

Les employés qui prennent des opioïdes sont moins susceptibles de retourner au travail après une longue période d’invalidité liée à la douleur, et la surconsommation de médicaments augmente le risque de voir survenir un large éventail de problèmes, comme une crise cardiaque, une chute ou un accident de la route. Toutefois, la dépression respiratoire demeure la conséquence la plus mortelle de la consommation d’opioïdes.

Les plaintes de douleur chronique sont de plus en plus documentées dans les rapports médicaux et les dossiers d’antécédents des proposants, ce qui pousse les tarificateurs à porter une attention particulière à la possibilité d’une consommation d’opioïdes. La recherche des dossiers médicaux et pharmaceutiques est devenue une tâche cruciale des tarificateurs. Aujourd’hui plus que jamais auparavant, les tarificateurs portent une grande attention au danger de la consommation quotidienne et restent à l’affût d’autres affections qui pourraient augmenter le risque, comme les troubles psychiatriques concomitants, l’utilisation d’autres sédatifs et même le tabagisme excessif – ce sont tous des signaux d’alerte de l’accroissement global de la morbidité et de la mortalité.

Références :

Coscarelli, J., & Eldred, S. M. (19 avril 2018). Prince’s Overdose Death Results in No Crimincal Charges. Extrait du New York Times : https://www.nytimes.com/2018/04/19/arts/music/prince-death-investigation.html

Gouvernement du Canada (juin 2019). Rapport national : Décès apparemment liés à la consommation d’opioïdes au Canada. Extrait du site Web du gouvernement du Canada : https://sante-infobase.canada.ca/labo-de-donnees/surveillance-nationale-opioides-mortalite.html

 

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